LCBI : un label dédié à la réduction de l’empreinte carbone de l’immobilier européen

L’Union européenne s’est fixé des objectifs élevés en matière de réduction de l’empreinte carbone des activités humaines, mais pour les atteindre, il manquait au secteur immobilier une méthode opérationnelle et harmonisée, dédiée au calcul des émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment. La Low Carbon Building Initiative (LCBI) a donc fédéré plusieurs acteurs du secteur immobilier pour élaborer cette méthodologie et créer un label utilisable à l’échelle européenne. Représentant Artelia au sein de la commission technique LCBI, Kevin Thizy nous présente cette démarche et ce label, dont le lancement officiel a eu lieu fin janvier 2024.

Qu’est-ce qui a motivé le projet LCBI et comment s’inscrit-il dans les méthodologies et labels existants ?

Avec le pacte vert pour l’Europe (European Green Deal) et les propositions d’actions concrètes du « Fit for 55 % », l’Union européenne a impulsé un mouvement de réduction des émissions de CO2 avec des objectifs élevés dès 2030 pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Elle a aussi porté la création de référentiels pour guider les efforts, comme la Taxonomie verte et Level(s) pour la performance environnementale du bâtiment, ou encore des outils de calcul comme le CRREM centré sur l’efficacité énergétique. Toutefois, aucune méthode européenne ne propose actuellement de benchmarks ni de seuils carbone à respecter sur la totalité du cycle de vie du bâtiment, ce qui freine les progrès du secteur immobilier. Le label LCBI s’est donc appuyé sur ces initiatives pour aller plus loin et construire une méthode et un label opérationnel unique, dédié au calcul de l’empreinte carbone du bâtiment et capable d’être utilisé dans différents pays de l’UE, malgré leurs divergences de règlementations et de pratiques.

Le label LCBI est une initiative privée, majoritairement portée par des promoteurs immobiliers qui veulent être au cœur de ce changement impulsé par l’UE et qui ont besoin pour cela d’un référentiel quantitatif et harmonisé fixant des objectifs clairs à l’échelle européenne. Différents acteurs du secteur (investisseurs, assureurs, architectes, ingénieurs, bâtisseurs…) se sont associés à ce projet pour répondre la demande du marché en matière de décarbonation.

À quel titre Artelia a-t-il été sollicité pour contribuer à cette création ?

Artelia a développé une expertise sur la construction durable et la décarbonation du bâtiment depuis 15 ans. Le Groupe est membre fondateur du label français Bâtiment bas carbone (BBCA) qui constitue l’une des méthodologies nationales les plus exigeantes en la matière. À titre personnel, je travaille depuis 2015 sur ce sujet, en tant qu’expert carbone. C’est donc notre échelle européenne et cette expérience technique que nous avons mises au service du label LCBI. Les labels BBCA et LCBI ont un ADN commun et partagent la même ambition de réduction de l’empreinte carbone de la construction. Avec le label LCBI, il y a un changement d’échelle et la volonté d’entraîner dans le processus une grande hétérogénéité d’acteurs, ce qui nous a poussés à adopter une démarche originale et innovante pour créer une méthodologie unique.

Qu’est-ce qui fait l’originalité du label LCBI ?

C’est la volonté fondamentale de faire monter en compétence la profession à l’échelle européenne, de l’aider à maîtriser son impact carbone. Le label LCBI est ainsi à la fois un benchmark de haut niveau pour le secteur immobilier et un outil de conception bas carbone pour les équipes projet. C’est à la fois une méthode d’évaluation et de mesure centrée sur le carbone et un label dont la certification est assurée par Bureau Veritas.

Il a été élaboré en prenant en compte un premier groupe de 7 pays : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas. Pour cette première mouture, nous nous sommes focalisés sur la construction neuve du tertiaire et du résidentiel. L’une des particularités du label LCBI est de combiner deux notions complémentaires : la mesure des émissions carbone sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment (considéré de 50 ans) et, dans le même temps, la complétude des éléments considérés. Le croisement de ces deux dimensions permet d’exprimer un niveau global et fiable de performance.

Comment s’articulent ces deux notions de « mesure des émissions » et « complétude des éléments considérés » ?

Le label LCBI prend en compte trois types d’émissions de CO2 :

  • l’Embodied Carbon, pour les émissions inhérentes à la construction et à l’empreinte des produits de construction et équipements techniques utilisés ;
  • l’Operational Carbon qui correspond aux émissions liées à la consommation d’énergie(s) ;
  • le Biogenic Carbon qui considère le carbone emmagasiné dans les matériaux biosourcés éventuellement utilisés dans la construction (bois structurel par exemple).
Ensuite, nous exprimons pour chaque groupe la complétude des éléments considérés avec un système d’étoiles (1 à 4). Pour l’Embodied Carbon par exemple, 1 étoile correspond à la seule prise en compte du gros œuvre et des façades, des éléments dont l’empreinte carbone est actuellement la mieux connue. La deuxième étoile est attribuée si le calcul prend en compte les fondations et les espaces extérieurs, la troisième correspond au second œuvre (cloisonnements, revêtements intérieurs…) et la quatrième aux lots techniques (CVC, courant fort et faible, plomberie, ascenseur…), des données moins maîtrisées à l’heure actuelle, mais qui constituent une part importante des émissions de CO2 du bâtiment (équipements techniques).

Quels sont les différents niveaux de performances proposés par le label LCBI ?

Il en existe trois. Le niveau « Standard » se veut inclusif. Il est accessible à environ 50 % des projets de construction neuve qui suivent une démarche d’analyse du cycle de vie (ACV). Il correspond à une empreinte inférieure à 1 000 kg/CO2/m2 et renvoie aux objectifs 2035 du CRREM en matière de performance énergétique. Le niveau supérieur, « Performance », est aligné sur les meilleures pratiques du moment. Le bâtiment doit être exemplaire dans au moins l’un des trois groupes d’émissions. Et le top niveau, « Excellence », correspond à une réduction globale d’émissions de plus de 30 % sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment par rapport au standard actuel de la construction neuve et à des projets ayant mené une ACV complète et détaillée.

À quel stade de développement est ce label ?

Il doit être officiellement lancé fin janvier 2024. C’est l’aboutissement de deux années de travail. La première a été consacrée à un tour d’horizon européen, pour cerner l’existant et les besoins, puis à l’élaboration de la méthodologie. Pendant la seconde, nous avons mis cette méthode à l’épreuve et nous avons finalisé la construction du label. Pour la tester, les partenaires immobiliers de LCBI nous ont donné accès à 16 cas concrets de bâtiments, situés dans les 7 pays de références. Cette démarche nous a permis d’identifier des points sensibles et des pistes d’amélioration. Les échanges avec les différents acteurs et les équipes projets de ces opérations immobilières ont été très enrichissants.

À l’épreuve de ces projets pilotes, nous avons vraiment pu appréhender l’hétérogénéité des niveaux de maturité en matière d’ACV, de pratiques de calcul et de contextes selon les pays, notamment en matière de mix énergétique. Cela nous a amenés à plus de pragmatisme. Tout en maintenant un haut niveau d’exigence, nous avons par exemple veillé à ce que le niveau Standard soit accessible, car l’objectif est bien de contribuer à un changement massif des pratiques, d’entraîner un maximum d’acteurs vers le haut. Nous avons aussi présenté la méthode LCBI à différentes instances de l’Union européenne qui ont salué notre démarche et exprimé leur intérêt à disposer d’un label robuste, éprouvé et partagé.

Quelles sont les perspectives envisagées aujourd’hui ?

Pour l’instant, toute l’équipe LCBI est concentrée sur le lancement du label pour que la profession lui réserve le meilleur accueil. Au niveau d’Artelia, nous contribuerons au suivi technique de sa mise en œuvre tout au long de l’année 2024. Nous avons aussi commencé à le présenter à nos équipes pour qu’elles puissent répondre aux clients intéressés. L’expérience acquise nous permettra de les accompagner au mieux dans leur démarche de certification. Naturellement, la vocation d’un tel label est de rester en mouvement. Les responsables de la LCBI ont donc initié des réflexions sur ses futures extensions pour, par exemple, adresser la rénovation ou les bâtiments logistiques, intégrer des pays supplémentaires, nouer de nouveaux partenariats…